Les valeurs « chrétiennes » » de Spirou »

Le Français Fabrice Parme, né en 1966, a dessiné le nouveau Spirou – celui de la série parallèle censée redynamiser l’image du personnage phare des éditions Dupuis. Fabrice Parme est un petit bonhomme, talentueux, humble et rigolo qui ne cache pas sa joie devant sa dernière œuvre, «Panique en Atlantique». Cet album défend des valeurs si nobles qu’il fallait que Just4U lui tende le micro

Comment en êtes-vous arrivé à dessiner Spirou?
En 2005, Lewis Trondheim, le scénariste, me téléphone car il aimerait bien proposer un Spirou aux éditions Dupuis. Je ne suis pas très enthousiaste, car toucher à un tel monument de la bande dessinée est impensable pour moi. Je demande alors un temps de réflexion. Lewis ne me lâchera pas!

Pourquoi cette ambiance des années 50-60?
Avec Lewis, on voulait une histoire qui renoue avec l’insouciance de l’enfance, comme le Spirou des années 50-60. Paradoxalement, c’est un Spirou que les enfants ont le droit de lire. Certains ont voulu faire avec ce personnage des histoires orientées pour les adultes et les adolescents où il était question de sexualité, avec de l’érotisme. Que l’on soit clair: les aventures des amis Spirou et Fantasio sont sans aucune ambiguïté sexuelle. Les personnages sont motivés par l’amitié et la bonne camaraderie.

N’est-ce pas difficile d’adapter un tel personnage?
C’est un énorme travail! Ça paraît très «cartoon» et rétro, mais chaque robe, chaque meuble a fait l’objet de recherches pour correspondre à l’époque. Le talent ne suffit pas! J’ai dû mettre les techniques que j’ai acquises à l’École supérieure des arts appliqués au service des 403 cases de ce Spirou. C’est plus de neuf heures de travail pour une minute de lecture, sans compter la mise en couleur qui a été réalisée par Véronique Dreher, mon épouse.

Sous des airs naïfs,ce Spirou aborde des thèmes importants.
C’est exactement ça! L’humilité, tout d’abord: Spirou n’est pas un héros, c’est un groom. On l’a retiré de l’hôtel, non pour en faire un héros, mais pour le mettre au service des autres dans un paquebot. Pour moi, un vrai héros est quelqu’un qui sert.
La richesse ensuite. Les personnages que croise Spirou sont riches et ne s’en rendent pas du tout compte. C’est le paradoxe: ils sont enfermés dans leur statut social et considèrent que tout leur est dû. Au lieu d’une morale, on pousse simplement la logique jusqu’au bout. Avez-vous remarqué: il n’y a pas de méchants dans l’album. C’est la foule de passagers, qui, voulant chacun sauver sa peau et ses privilèges, devient un ennemi pour lui-même. À l’opposé, Spirou, avec son esprit de service, va sauver tout le monde.

Les bédés reflètent souvent l’esprit de leur temps et vous avez abordé d’autres thèmes actuels.
Oui, il y a en de nombreux, comme la restructuration des entreprises. L’aventure débute tristement par une reprise du Moustic Hotel par un grand groupe. On peut encore citer l’influence des «people». Dans notre société, le message est qu’il faut que je passe à la télé pour que papa me regarde! Mais ces thèmes ne sont pas traités de manière tragique. Ils sont plutôt l’occasion de péripéties!


Si vous avez manqué le début

Spirou est un vieux héros de bande dessinée. Le bédéiste Robert Velter l’a inventé en 1938, sur demande de l’éditeur-imprimeur belge Dupuis qui voulait se lancer dans le créneau jeunesse. Il est roux parce que le mot Spirou veut dire « écureuil » dans la langue des wallons, les Belges francophones. C’est un groom, un garçon d’hôtel chargé d’accueillir les clients et de les servir. Le personnage a connu ses heures de gloire sous la plume du génie Franquin et de Fournier (dans les années 50-60) mais a perdu de son aura. La série s’embourbant, l’éditeur lance une série parallèle. Cette année, c’est le duo Trondheim-Parme qui continue à faire vivre ce héros modeste.

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